Mary Shanley, flic en civil dans les rues de New York

De nos jours encore, on a tendance à associer le métier de policier au genre masculin, alors imaginez dans les années trente, où le plus grand service que les femmes pouvaient rendre à la société était de passer la serpillière. Et pourtant, à l’époque déjà, elles sont environ 140 à avoir passé le concours. Parmi elle, Mary Shanley a fait un peu plus parler d’elle que ses consœurs.

En 26 ans de carrière, il faut dire que Mary a arrêté pas mal de malfrats.  Née en Irlande en 1896, elle émigre avec sa famille aux Etats Unis et grandit dans le quartier alors mal famé de Hell’s Kitchen, à l’ouest de Manhattan. A la table des Shanley, la discussion tourne irrésistiblement autour du dernier braquage, de la dernière baston. Les policiers qui arrêtent ces bandits sont des héros et Mary rêve à haute voix d’être des leurs. Les trente premières années de sa vie sont peu documentées. On la retrouve en 1931, fraîchement diplômée du concours de police, plus motivée que jamais à faire respecter la loi.

Cependant, la société américaine n’est pas encore prête à voir les femmes en tenue de flic, alors le département de la police new-yorkaise les envoie traquer les crapules en civil. Plusieurs affaires vont alors valoir à Mary Shanley la reconnaissance de ses pairs. En petit tailleur lisse, coiffure impeccable, chaussures vernies et lèvres rosées, elle s’installe incognito dans les coins chauds de la ville, là où les pickpockets sévissent sans vergogne. A la sortie des théâtres, devant les vitrines des grands magasins, dans les files d’attente des kiosques et même parfois dans les églises, la jeune femme chasse le petit banditisme, manquant rarement son coup. De temps à autre, pour ne pas éveiller les soupçons, elle emmène sa nièce sur le terrain et se fait passer pour sa mère. Les missions d’espionnage prennent l’allure de gentillets après-midi mère-fille. Cinq fois par jour, elle téléphone au bureau central pour rendre compte de ses observations. Elle est très appréciée pour son professionnalisme et plusieurs affaires lui vaudront les unes de la presse locale.

A partir du mois de  décembre 1934, la NYPD autorise le port d’armes aux femmes policières. Mary Shanley ne se privera pas de l’utiliser. On pense même qu’elle est la première du département à faire usage de son revolver, alors qu’elle tire en l’air à la poursuite d’un racketteur sur la 53ème rue. On raconte aussi cette fois où elle surveillait la messe à la cathédrale St Patrick, lorsqu’une pickpocket s’est emparée du sac à main d’une femme agenouillée en prière. Comme toujours, Mary ne prend pas de gants et tire deux coups en l’air pour prévenir et arrêter la délinquante. New York, Far West, même combat. En 1938, un homme qu’elle soupçonne d’avoir volé des bijoux tente de s’enfuir. Elle le course jusqu’à un square où elle parvient à le rattraper. L’homme lui file un coup de poing au visage, mais Shary n’a pas peur de se battre. Elle riposte et l’immobilise à terre. C’est alors que deux autres policiers arrivent en renfort. Les témoins racontent qu’elle leur a simplement rétorqué « C’est bon, je l’ai eu et je peux m’en occuper seule. » End of the show.

L’un des derniers exploits de sa carrière, et peut-être le plus célèbre, a lieu en 1950 dans une boutique Macy’s, où elle est en repérage. Un homme débarque dans le magasin, brandissant un pistolet automatique de calibre 32 mm. Les clients se roule à terre et se réfugient derrière les comptoirs pendant que Mary s’approche discrètement du braqueur par derrière. Revolver à la main, elle lui lance un cinglant « Drop that gun, boy » (lâche ce flingue garçon, tellement plus classe en anglais, n’est-ce pas ?) et procède à son arrestation devant les passants éberlués. Chacune de ses opérations est menée avec beaucoup de minutie, et se conclue toujours en un claquement de doigts.

Côté vie privée, Mary Shanley est célibataire et heureuse de l’être. Indépendante d’esprit et très attachée à sa liberté, elle n’envisage pas de se faire passer la bague au doigt. Sa famille raconte qu’elle est extrêmement généreuse, débarquant toujours les bras chargés de cadeaux aux réunions de famille. Elle aime aussi les grosses voiture et les cocktails. Cette dernière passion lui jouera un sale tour un soir d’avril 1941, lorsque le barman du Spanish Rail saloon refuse de la servir, probablement parce qu’elle est ivre. Un homme installé avec ses amis à l’autre bout de la table commence à l’insulter. Mary perd son sang froid, brandit son flingue et manque de peu la tête de son agresseur. On ne plaisante pas avec ses origines irlandaises. Cet usage de son arme en dehors de ses heures de service lui vaudra d’être arrêtée et provisoirement suspendue de sa fonction. Heureusement, cet incident ne portera pas préjudice à sa carrière.

Son confiance en elle, son professionnalisme et son côté rebelle (elle n’est pas mariée, rendez vous compte) intrigue et fascine. La presse se régale de la duplicité de son personnage : une femme apparemment rangée et sans histoires, prête à sortir son arme à la moindre bévue. On la surnomme « Deadshot Mary », Mary la tueuse. Elle deviendra un modèle pour les petites filles qui troqueront leur cuisinière pour un pistolet, au moins pour un temps, et inspirera les jeunes femmes à candidater auprès de la police nationale. En 1939, l’année où Mary Shanley est promue au premier grade de la NYPD, elles sont plus de 3 700 à passer le concours !

Notre héroïne prend sa retraite en 1957, ravie de s’être sentie utile pendant toutes ces années et d’avoir inspiré, peut-être, d’autres jeunes filles à assumer leur soif d’indépendance. Elle décède en 1989, à l’âge de 93 ans. Sa nièce résume ainsi cette personnalité hors normes :

« Mary n’était pas intéressée par les hommes. Elle adorait sa vie. Elle avait sa liberté et un bon salaire. Elle était juste différente. C’était une personne très franche, aux idées très arrêtées. Elle ne rentrait pas dans les normes, était en avance sur son époque. Elle est née trop tôt. »

Si vous aimez les histoires de filles qui ont du culot et de la poignez, lisez donc celle de Nancy Wake, une résistante embauchée comme agente secrète par  la Direction des Opérations Spéciales Britanniques.

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