Ubuntu, une valeur centrale en Afrique du Sud

Ce n’est pas un mot vieux comme le monde, hérité d’une culture millénaire. En Afrique du Sud, peu le connaissaient avant qu’il ne soit hissé en revendication pendant la période de l’apartheid.

Il a été popularisé une première fois par Desmond Tutu, archevêque anglican récompensé du prix Nobel de la Paix en 1984 :

« Une personne ubuntu définit quelqu’un d’ouvert et de disponible pour les autres, dévoué aux autres, qui ne se sent pas menacé parce que les autres sont capables et bons, car il ou elle possède sa propre estime de soi — qui vient de la connaissance qu’il ou elle a d’appartenir à quelque chose de plus grand — et qu’il ou elle est diminué quand les autres sont diminués ou humiliés, torturés ou opprimés. »

Lorsque Mgr Tutu prend la tête de la Commission de la vérité et de réconciliation, en 1995, dont la mission était d’élucider les crimes et les exactions politiques commises pendant l’apartheid, ce mot est en passe de devenir une valeur repère pour le peuple sud-africain. Vingt ans plus tard, les plaies de la ségrégation sont encore à vif,  mais l’ubuntu est devenue une véritable philosophie dans la culture sud-africaine. Nelson Mandela la décrit ainsi :

« Quand j’étais jeune, un voyageur qui s’arrêtait dans un village n’avait pas besoin de demander à boire ou à manger. Les gens s’occupaient de lui et lui donnaient à manger. C’est l’un des aspects d’ubuntu, mais il y en a d’autres. Ubuntu ne signifie pas qu’il ne faut pas prendre soin de soi. La question est plutôt celle-ci : que vas-tu faire pour aider la communauté qui t’entoure ? C’est une chose importante dans la vie, et si on est mesure de le faire, alors on accomplit quelque chose de très significatif et qui sera toujours apprécié. »

Beaucoup pensent que c’est lui, le premier président noir d’Afrique du Sud, qui a remis ce concept oublié au goût du jour. Il nous rappelle que nous formons un tout, une entité qu’il faut choyer avec attention si nous voulons cultiver notre épanouissement collectif. L’ubuntu englobe à la fois les notions de solidarité et de construction, d’intelligence collective basée sur la bienveillance.

Au moment de sa mort, Barack Obama, à son tour, a rappelé ce mot totem qui a guidé Mandela tout au long de sa vie :

« Il y a un mot en Afrique du Sud, ubuntu, un mot qui résume le plus grand cadeau que nous ait fait Mandela, son intuition que nous sommes tous liés les uns aux autres d’une manière invisible pour les yeux, que l’humanité est un tout, que notre épanouissement vient du partage et du souci de l’autre. Nous ne saurons jamais quelle part de cette notion lui était innée et quelle part s’est construite dans une cellule de prison sombre et solitaire, mais nous nous souviendrons des gestes, petits et grands […] Tout cela a révélé la densité de son empathie et de sa compréhension de l’humanité. Non seulement il incarnait l’ubuntu, mais il a appris des millions de gens à trouver en eux cette vérité là. »

Pour les sud-africains, l’ubuntu est un repère précieux, applaudi dès qu’il est évoqué (écoutez les vivas de la vidéo). L’ubuntu symbolise un héritage historique et l’envie de faire avancer le pays malgré les difficultés.

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