Le problème avec la crème solaire

On s’en tartine consciencieusement au mois d’août pour se déculpabiliser de s’exposer à 13h, toutes les deux heures, jusque derrière les oreilles. Quand la chaleur se fait trop pesante, on plonge dans l’eau fraîche et salée de l’océan. Et là, c’est la caca, la cata, c’est la catastrophe. Voici pourquoi notre tube de crème solaire ne fait pas des miracles.

1 – 25% de la crème solaire que nous étalons sur notre corps se dilue dans la mer

Au bout de 20 minutes de baignade, un quart de la crème étalée sur le corps se retrouve dans l’eau, formant une fine pellicule de matière à la surface. Pour les crèmes waterproof, la perte est moins importante, mais pas non plus négligeable. Pour l’une comme pour l’autre, les dermatologues conseillent de se renouveler l’application après chaque baignade. Le problème, c’est que nous sommes de plus en plus nombreux la planète à nous précipiter sur les bords des plages au moindre rayon de soleil, et que l’océan commence à trinquer à l’indice 50.

2 – Les récifs coralliens sont les premières victimes de ce cocktail pétrochimique

Les ingrédients contenus dans la plupart des crèmes solaires disponibles dans le commerce, et même en pharmacie, menacent dangereusement la vie des coraux. C’est le cas, par exemple, de l’oxybenzone (également appelé BP-3), ce perturbateur endocrinien qui peut provoquer la mort du corail en quelques jours. Nos crèmes solaires sont également responsable du développement de virus qui causent le blanchiment irréversible des fonds coralliens. Pendant que nous nous dorons la pilule, eux palissent à la vitesse grand V. Certes, ces fonds paradisiaques ne représentent qu’1% des fonds océaniques, mais abritent tout de même 25% des espèces de poisson sur Terre. Au Mexique, sur certaines plages, il est interdit d’utiliser de la crème solaire, qui abîme les fonds marins, mais aussi le sable et les sédiments qui s’y trouvent.

3 – Les crèmes solaires bio ne sont pas non plus la solution

A la différence d’une crème solaire classique qui emploie des filtres chimiques pour nous protéger des rayons ultraviolets,  la crème solaire bio recourt le plus souvent à des filtres dits minéraux, c’est à dire plus « naturels », comme le dioxyde de titane ou l’oxyde de zinc, bien que ce dernier soit plus rarement utilisé, dans la mesure où l’Agence Nationale de sécurité du médicament ne reconnaît pas son pouvoir protecteur. Bien que que peu nocif pour la santé humaine, le dioxyde de titane reste un fléau pour l’océan. Mis en contact avec l’eau, il réagit à la présence de lumière et d’oxygène en formant des composés comme le péroxyde d’hydrogène qui annihilent la croissance des phytoplanctons, lesquels sont pourtant des acteurs vitaux de l’environnement, comme le rappelle cet article du magazine Sciences et Avenir :

 » Le plancton est un rouage majeur dans la machine planétaire, à laquelle il fournit 50% de notre oxygène : c’est le deuxième poumon de la Terre, avec les forêts tropicales, et à ce titre influence le climat. « 

Il est aussi à la base de la chaîne alimentaire et sa disparition menace la survie de nombreuses autres espèces. Or, les scientifiques constatent déjà un appauvrissement des populations de phytoplanctons, dont la crème solaire est l’une des causes majeurs. Les phytoplanctons sont un peu les abeilles de l’océan, sans eux, sans elles, nous n’existons plus.

4- Bio ou non, la crème solaire contient des nanoparticules très inquiétantes pour notre santé

Les nanoparticules sont des éléments chimiques minuscules qui, utilisés dans les écrans solaires, permettent une meilleure pénétration du produit dans la peau, pour éviter l’effet blanchissant des filtres. Le problème, c’est que leur taille minuscule leur permet de traverser la barrière de la peau pour pénétrer dans notre sang, un phénomène qui inquiète grandement les scientifiques au regard des risques de cancer et de troubles fonctionnels chez le foetus que plusieurs études ont démontrés. Commençons par la bonne nouvelle : les crèmes solaires qui contiennent des nanoparticules sont désormais reconnaissables à la mention [nano] qu’elles affichent sur les packagings, en tout petit, mais quand même. La mauvaise, c’est que celles-ci sont majoritaires, mêmes dans les crèmes solaires bio, #crymeariver.

Alors oui, le constat est alarmant et on n’a pas encore trouvé de solution miracle. Mais on peut se créer son propre manuel de l’estivant eco-friendly, ou du moins pas trop eco-unfriendly :

  • Tenter ou conserver la crème solaire bio, qui, même si elle n’est pas parfaite, a le mérite de ne pas contenir de paraben, de paraffine et de sillicone qui sont des perturbateurs endocriniens certains pour notre corps et dont les composants sont majoritairement biodégradables. Sans nanoparticules, elle laisse un film blanc sur la peau pas très esthétique mais néanmoins très efficace contre les UVA et les UVB. Et, contrairement à la crème classique, elle agit dès application.
  • Faire confiance aux labels qui interdisent le recours aux nanoparticules, comme BDIH, Nature & Progrès, Cosmébio ou Ecocert
  • Eviter autant que possibles les heures d’ensoleillement les plus nocives. La sieste à l’ombre d’un olivier, une partie de Time’s Up dans le salon, la visite d’un musée, la préparation d’une surprise pour le goûter, c’est bien aussi.
  • Privilégier la protection textile à la protection cosmétique, moins coûteuse, moins polluante et plus efficace pour se protéger. Dans l’eau, de nombreuses marques pour enfants proposent des vêtements de bain anti-uv. Pour les adultes, on peut aussi sauter le pas de la semi-combinaison, ruser ou bien accepter de ne pas pouvoir être un parfait écolo, personne ne l’est, de toute façon, à part peut-être Chuck Norris !

Sachant que 264 millions de touristes sont attendus sur les plages méditerranéennes en 2030, contre 202 millions en 2013, et que 14 000 à 25 000 tonnes de crème sont diffusées chaque année dans l’eau , il est temps se bouger, lentement mais sûrement, pour un océan plus propre, moins dangereux pour les écosystèmes qu’il abrite.

Crédit photos : Niaz Uddin

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2 Commentaires

  1. Un sujet intéressant en effet. Dur de se passer de soleil et de virée à la plage, ou de devoir se couvrir de la tête au pieds… Je pensais quand même que la crème bio étaient un peu mieux que ça mais comme tu le dis c’est toujours moins pire et puis c’est important de se protéger la peau. Merci pour les conseils ! ;-)

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    • Joyeux Magazine

      Oui, le mieux malheureusement c’est simplement de s’isoler quand le soleil tape trop fort… C’est ce que font tous les habitants des pays chauds finalement. Comme pour beaucoup de choses en matière d’écologie, il nous faut revenir aux bonnes vieilles méthodes, sans renoncer à la crème quand c’est nécessaire, bien sûr. Merci pour ce commentaire :)

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