Jeannette Mac Donald, dompteuse féline

Sa carrière l’a menée dans les plus grandes villes d’Europe et du Maghreb, sous les projecteurs des plus grands chapiteaux, puis à l’ombre d’une forêt du Tarn où elle a tout perdu. Tout, sauf l’amour et la tendresse qu’elle portait aux animaux et qui rendaient ses numéros si uniques.

A croire qu’une cigogne l’avait livrée à ses parents à la naissance, Jeannette Mac Donald s’est toujours sentie plus proche des animaux que des hommes. Petite, elle jouait plus volontiers avec ses chiens qu’avec les enfants de son âge. Adulte, les hommes ne l’intéresseront que vaguement. Elle préfère consacrer son temps et son amour aux animaux qui l’entourent. Il faut dire qu’il y en a beaucoup, puisque la petite Jeanne Corfdir naît le 3 mai 1918 dans la caravane du cirque que dirige son père. C’est le début des cirques-ménageries qui piquent progressivement la vedette aux cirques équestres. Les chevaux laissent la place à des animaux plus exotiques : ours, hyènes, chimpanzés, oiseaux, tigres,… Son père, Louis Mac Donald est l’un des premiers dresseurs de fauves en France. Il raconte avoir appris le métier aux côtés de son père, un grand dompteur autrefois célèbre en Ecosse. C’est en son hommage qu’il a repris son nom de scène « Mac Donald » et que Jeanne le reprendra à son tour.

Jeanne n’a que six ans lorsqu’elle prépare son premier numéro de dressage de lions, où elle accompagne alors son papa. Elle est grimée en petite sauvage et les gens font la queue pour voir Jeannette, la jeune dompteuse, à l’oeuvre. Sa maman est décédée quelques mois plus tôt et la petite a reporté toute l’admiration qu’elle lui portait sur son papa, ce héros circassien qui a remporté déjà tant de prix dans le monde du dressage.

Petit à petit, elle monte son propre numéro dans le cirque de son père. Un jour, le directeur du cirque Amar la repère et la convainc d’ouvrir sa propre école de dressage. En effet, Jeannette a une manière très particulière de dresser ses fauves, privilégiant la complicité à l’autorité (dressage en férocité). On l’appelle aujourd’hui le dressage en douceur et Jeannette est l’une des précurseurs de cette méthode. L’affaire fonctionne quelques temps avant que la jeune femme ne décide à en revenir à son premier amour, la piste.

En 1954, elle atteint le sommet de sa carrière, présente son fameux numéro à dix lions (une première à l’époque), qu’elle présente toute l’Europe. Sa grâce, son élégance, la douceur et la tendresse avec laquelle elle dirige ses bêtes fascinent le public, ainsi que cette façon qu’elle a de les câliner et de les embrasser affectueusement sur le museau. Son chemisier de soie, ses bottes vernies et ses gants blancs finissent de parfaire la magie du numéro. Mais en 1955, un premier incident annonce le début des difficultés pour la starlette. En pleine représentation lors du festival de cirque à Marseille, un spectateur effrayé laisse échapper un cri qui perturbe le fauve que Jeannette s’apprête à porter sur ses épaules. La jeune lionne, Lola, s’énerve et plante ses crocs dans la main de sa maîtresse, laquelle s’empresse de panser la plaie avant de reprendre le show, comme si de rien n’était. L’événement fait la une des journaux de l’époque et amplifie la notoriété de notre héroïne. Un an plus tard, la voilà qui domine l’affiche du cirque d’hiver de Bouglione aux côtés de Zavatta, le clown du moment, « ouais ma gueule ».

Elle enchaîne les succès et accepte, en 1962, de prendre la tête du Grand Cirque National Algérien que souhaite ouvrir son ami Schérif Amar, après avoir longtemps douté de ses qualités de gestionnaire. Pendant cinq ans, elle fait le tour du pays avec sa troupe, n’appréciant que modérément ces nouvelles responsabilités. En 1967, en pleine répétition, on entend des pétards à l’extérieur et un incendie démarre aussitôt dans le chapiteau. Les artistes et les animaux s’en sortent indemnes mais l’installation est foutue et l’assurance refuse de couvrir les frais. Des gosses innocents qui jouaient dans les parages ont mis fin, sans le savoir, à cette entreprise. Jeannette tente de refonder une nouvelle compagnie mais le projet manque cruellement de fonds. Il lui reste à peine de quoi rentrer en France. Deux après l’accident, elle parvient à financer son retour pour elle et ses animaux, et embarque dans un cargo pour Bordeaux.

Les ennuis ne font que commencer pour elle. Elle fait le tour des bars avec son singe Nénette à qui elle a appris à effectuer le salut militaire et qui l’aide à récolter de quoi s’acheter une caravane pour se mettre à l’abris de la misère. Le directeur d’un petit zoo de Buzet-sur-Tarn entend parler de sa situation et y voit l’occasion de redorer l’image de son établissement. Après un simple coup de fil, Jeannette se met en route et installe sa caravane, sa « caisse à savon », dans cette forêt du Tarn et Garonne. Les premières années sont concluantes. Jeannette présente ses numéros de dressage et les visiteurs sont nombreux. Mais l’ouverture de jardins zoologiques, où sont reconstitués les habitats naturels des animaux, ringardisent les tristes cages des premiers zoos. Celui de Buzet n’a pas les moyens de financer cette évolution, malgré les coups de pouce de la « circosphère », et ferme ses portes en 1996 après la mort du dernier lion.

« Je suis née dans une caravane, je mourrai dans une caravane. le jour où j’ai plus de bêtes, moi je me flingue. »

Notre dresseuse, maintenant âgée de 78 ans, est tout de même autorisée à rester sur les lieux, dans sa caravane, sans eau courante, sans électricité, ni véritable source de revenu. Qu’importe, elle tient à cette indépendance. Elle accueille les animaux que les passants abandonnent devant son portail et bénéficie de la solidarité du voisinage pour nourri tout ce petit monde. Elle fait les poubelles et vend de la ferraille pour boucler ses fins de mois. Mais ce triste manège finit par l’épuiser et elle est contrainte de déménager en maison de retraite, renonçant à la vie de saltimbanque qu’elle a toujours connue. La vie de sédentaire coupé de la nature est un traumatisme pour la vieille femme. Elle décède le 1er mai 1999 et reçoit tous les hommages de ses amis clowns, dresseurs, acrobates et funambule pour l’immensité de sa carrière.

C’était une autre époque, avec d’autres mœurs, où l’animal n’était encore considéré que comme un objet de propriété. Il est peu probable que le monde voit naître d’autres Jeannette Mac Donald. En revanche, il est certain que son respect et son amour de la vie animale continuera d’inspirer les générations à venir.

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2 Commentaires

  1. On ne peut pas douter qu’elle aimait et respectait ses bêtes , ce qui vue l’époque n’était pas anodin…

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  2. C’est une bien triste fin…

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