Le problème avec nos pulls en cachemire

L’hiver et les soldes sont toujours de bons prétextes pour céder à l’appel des jolis pulls, écharpes et bonnets en cachemire présentés dans les vitrines de Monoprix et d’Uniqlo. Pourtant, la production en masse de cette laine si précieuse a un coût exorbitant pour l’environnement et les populations de Mongolie et de Mongolie-Intérieure (Chine). Zoom sur un savoir-faire qui n’aurait jamais dû se laisser embobiner par les discours de la fast fashion.

© Joseph Kiesecker

Ils nécessitent la laine de quatre à cinq chèvres cachemire. La laine de cachemire provient du duvet épais que produisent les chèvres en hiver pour se protéger du froid. Le hic, c’est que seule une petite portion de leurs poils est utilisable pour le textile. En moyenne, une chèvre ne produit que 100g de laine utilisable par an.

Les volumes de production sont très sensibles à la météo. S’il ne fait pas assez froid, les récoltes ne seront pas bonnes. Les usines de production chinoises ont trouvé la solution : le magazine Neoplanet rapportent qu’elle exposeraient les chèvres à un courant d’air glacé artificiel pour accélérer la pousse des poils. Non, le cachemire n’est pas toujours synonyme de douceur  et d’authenticité !

© Rolf Magne Golten Andersen

La hausse de la demande en cachemire cause un dangereux surpâturage des terres. Depuis que la Chine s’est mise à produire à son tour du cachemire à bas prix, les effectifs des troupeaux ont été multipliés par quatre pour répondre à une demande grandissante. Conséquence de cet accroissement des troupeaux : les pâturages sont surexploités et l’écosystème s’appauvrit.

Ils sont responsables de l’épuisement des terres mongoliennes. Contrairement aux moutons qui mangent l’herbe au ras sans toucher à la racine, les chèvres arrachent et avalent la pousse toute entière. Avec la surpopulation des troupeaux, la végétation n’a plus le temps ni les ressources pour se renouveler.

Ils sont en grande partie responsables de l’avancée du désert de Gobi. Les zones de verdure qui faisaient autrefois barrière à la désertification de la région deviennent insuffisante et le sable recouvre chaque année un peu plus de territoire, étouffant toute forme de vie. Avec l’exploitation minière, l’agrandissement des terres agricoles est la deuxième cause de ce phénomène irréversible. A ce rythme, les scientifiques estiment que 96% du territoire mongol sera enseveli d’ici une dizaine d’années.

© Julie Laurent

Les tribus nomades sont chassées de leurs terres ancestrales. La désertification raréfie les ressources et les autorités nationales privatisent avec gourmandise les derniers terrains habitables. Contraintes d’abandonner leur mode de vie et leur savoir-faire, de nombreuses familles migrent en ville où elles reprennent l’élevage de troupeaux sédentarisés pour lequel elles sont rémunérées de façon dérisoire par de grands groupes de l’industrie du textile.

Le cachemire low cost est souvent obtenu au prix de l’appauvrissement des éleveurs. L’entrée des entreprises chinoises sur le marché du cachemire a permis de démocratiser cette laine autrefois réservée aux marques de luxe. Mais qui dit low cost dit aussi low wage : le salaire des éleveurs a considérablement baissé, alors que cette manne représente en moyenne 80% de leurs ressources.

Ils sont souvent de mauvaise qualité. Le secret pour produire des vêtements en cachemire à bas prix, c’est bien sûr de diminuer les salaires mais aussi de ne se procurer que la partie la moins noble de la laine en ne tissant qu’à partir de deux à cinq fils (contre une dizaine pour les articles de luxe). Conséquence : le pull est plus léger, il est plus doux mais il tient aussi moins chaud et aura davantage tendance à boulocher.

© Terry Allen

Heureusement, il existe des solutions. Des ONGs comme AVSF se mobilisent pour favoriser l’émergence d’une filière de production de cachemire durable pour l’environnement et équitable pour les éleveurs destinée à séduire les acteurs du luxe. Non, le cachemire ne peut pas être low cost. 

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5 Commentaires

  1. Adama

    Merci pour cet article, je n’étais pas au courant de tout cela et de l’horreur qui se cachait derrière le cachemire low cost. C’est bon à savoir.

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  2. Je n’achète pas de cachemire mais c’est toujours bon à savoir ;)

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