L’accoutumance hédoniste : prendre conscience de son bonheur

Imaginez. Vous avez gagné au loto. À vous la Bentley avec chauffeur, la villa en Floride et les chaussons chauffants pour votre toutou. Mais voilà, passé l’incrédulité des premiers mois d’opulence, le bilan est sans surprise : vous n’êtes pas beaucoup plus heureux(se) qu’avant. Le mot que vous cherchez est : accoutumance hédoniste (et non habituation « hédonique », un adjectif imaginaire qui donne des boutons à Bernard Pivot, protégeons Bernard Pivot).

L’extraordinaire est devenu banal. Christophe André en parle sur son blog Psychoactif :

« En psychologie positive, on nomme « habituation [hédoniste] » le phénomène d’usure et d’habitude envers ce qui nous rend heureux ou joyeux : dès lors qu’une source de bien-être ou de bonheur est présente chaque jour de notre vie, nous l’oublions peu à peu, et elle perd sur nous son pouvoir de nous rendre heureux. »

Ça vous parle ? Penser que notre vie est une succession de petits miracles et de coups de pot que nous ne voyons même plus. Eau courante, droit de vote, sécurité sociale et même peut-être l’usage de nos deux jambes sont des sources de bonheur dont nous ne savons plus goûter la saveur, à force d’en profiter tous les jours. C’est triste mais c’est comme ça.

« Nous adorons tout ce qui est nouveau mais nous nous y habituons très vite avant de complètement cesser de l’apprécier. C’est vrai pour les vêtements, des bons petits plats, des chansons, des meubles… et même des relations conjugales. Une fois considérées comme acquises, les choses vivantes ou inertes ne sont plus une source de bonheur. Nous préférons en rêver d’une autre que nous n’avons pas et qui, c’est sûr, nous apportera « amour, gloire et beauté ». »

Et nous voilà, courant d’Iphones en Iphones, de bijoux en bijoux, pensant que le prochain Graal sera enfin le bon, celui qui rassasiera une bonne fois pour toutes notre soif de félicité intérieure. Mais passé les quelques jours (voire les quelques heures) de contentement, la lassitude point à nouveau. La consommation est un piège dans lequel on s’est tous fait avoir, Audrey la première.

Alors, comment fait-on durer le plaisir ?

  • Arrêter de vouloir posséder les choses simplement parce qu’elles sont belles. S’approprier de beaux objets ne rendra pas notre vie plus agréable. C’est même le contraire. Elles nous paraissent encore plus jolies lorsqu’elles sont hors de portée.
  • Ne pas pas s’imaginer mourir à 90 ans, au pied d’un feu de cheminée dans une jolie maison à la campagne. Tout peut disparaître. Même demain, même aujourd’hui. Sans virer parano, ne reportez pas à plus tard cette prise conscience. Il sera peut-être déjà trop tard. La vie ne tient qu’à un fil, sentez-le sous vos pieds de temps en temps.
  • Mesurer quotidiennement son bonheur et sa chance, il y en a toujours un peu (souvent beaucoup). Plusieurs fois dans la journée, piquez à Piper Halliwell son pouvoir et figez le moment. Faîtes la liste de tout ce qui va bien, tout ce qui vous réjouit, tout ce qui fait que ce moment vaut la peine d’être vécu. Montrez votre gratitude d’être en vie, malgré tout.
  • Être présent à soi-même et aux autres. C’est souvent l’un des plus grands regrets de nos aînés : ne pas avoir suffisamment profité du temps avec leurs proches. Lire des histoires à ses enfants sans toujours choisir la plus courte, demander vraiment « comment ça va », rendre un service sans qu’on l’ai demandé … Lancez-vous le défi de transformer le maximum de moments banals de votre journée en grands plaisirs.
  • S’occuper des autres. Se rapprocher de ceux qui ont mal, de ceux qui angoissent, de ceux qui ne savent pas où aller, de ceux qui désespèrent, de ceux qui ont froid, ça rend humble, ça fait relativiser et ça donne du courage pour affronter ses propres démons. Aidez autant que vous le pouvez.
  • Prendre des risques. Faîtes vous peur, partez loin de votre zone de confort pour mieux y revenir. L’effet boomerang a du bon. Dormez dans les bois, mangez épicé, lancez-vous un défi sportif, voyagez, essayez-vous au mois « sans » (déchets/gros mots/chocolat/voiture/…), quittez votre conjoint(e) pour le week-end… Promis, ça réveille !
  • S’accorder du repos. À l’inverse, se poser aide aussi à changer de point de vue. De temps en temps, prenez le large et faîtes les comptes. Finalement, la vie ne va pas si mal, même si certains points pourraient sans doute briller davantage.

Pensez-vous être un accoutumé hédoniste ? Arrivez-vous à résister au besoin de posséder toujours mieux, toujours plus ? Pas facile d’aller à contre-courant de la grande consommation dans laquelle nous baignons depuis notre premier jour. Et sinon, qui d’autre a envie de revoir Petit-déjeuner chez Tiffany ?

P.S. Merci à Caro du blog Suivre la route. « Accoutumance hédoniste », c’est tellement plus joli qu' »habituation hédoniste », c’est vrai. Allez visiter son blog de voyages et lisez par exemple Comment partir plus souvent en voyage ou

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12 Commentaires

  1. Je suis plutôt dans une phase ‘tout va bien’, ‘tout est merveilleux’, ‘je m’éclate dans mon quotidien (qui n’a pourtant rien d’extraordinaire si on regarde de l’extérieur)’. Pour l’instant donc pas d’habituation hédoniste, ni d’i-phone ou de télé :-). Mais je suis consciente que c’est une vision de l’esprit qui peut partir, et que je maintiens en l’état (pour combien de temps, je ne le sais pas, le plus possible).

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    • Joyeux Magazine

      Super ! Je vois que le retour à la métropole se passe bien. Je te souhaite que cette phase dure aussi longtemps que possible ;)

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  2. Merci pour ce post ! Pour des explications scientifiques : https://tacksamycket.wordpress.com/

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    • Joyeux Magazine

      Merci ! Je viens de découvrir votre blog et je vais tâcher de le lire régulièrement, ces sujets m’intéressent beaucoup.

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  3. J’ai trop vidé d’appartements en trop peu de temps, je pensais ne jamais plus me laisser piéger par l’habituation hédoniste après ces électrochocs. Mais lentement cela revient! J’aime ces conseils, surtout celui de passer du temps avec ses proches. C’est vraiment le regret numéro un des humains en fin de vie et j’y pense souvent, notamment lorsque ma grand-mère appelle et quelle ne tombe pas au meilleur moment. Je lui réponds toujours.

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    • Joyeux Magazine

      Oui il me semble aussi que le plus important c’est notre entourage, et que parfois, sans s’en rendre compte, on les relègue au rang de décor en se disant « plus tard ». C’est là-dessus que l’habituation hédonique est la plus dangereuse à mon avis.

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  4. Super intéressant, je ne savais que ce phénomène était rattaché à l’habituation hédoniste !

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    • Joyeux Magazine

      Moi non plus, j’ai découvert cette notion par hasard mais je la trouve révélatrice de beaucoup de nos soucis quotidiens.

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  5. Une bonne habitude à prendre, c’est vrai qu’il faut savoir apprécier les petits bonheurs !

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  6. Un concept que j’aime beaucoup partagé moi aussi ! Mais je préfère utiliser le terme « accoutumance » hédonique plutôt habituation qui me fait mal aux oreilles :-)

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