Les Brujas s’imposent dans le monde très masculin du skateboard

Elles en avaient marre de se faire siffler dès qu’elles arrivaient au skatepark. Le monde de la planche à roulettes se veut rebelle, libre, indépendant, mais il n’est pas très ouvert d’esprit. Le sexe féminin n’y a pas vraiment sa place. Qu’importe. Les Brujas ont décidé de s’imposer.

Elles ont découvert le skate chacune de leur côté, sans se connaître. L’une y a trouvé un moyen de se sortir de la dépression, une autre est devenue accro aux sensations de la glisse. Mais la difficulté, ce n’était pas les chutes, les bleus ou les boards fracassées, c’était les autres. Alors que les skateurs vantent un milieu sans prise de tête, solidaire, sympa, les histoires de skateuses mal accueillies ne sont pas rare dans ce skatepark du Bronx, à New York. Du coup, un jour, elles ont décidé d’y aller à plusieurs et de fonder leur propre crew, les Brujas, sorcières en espagnol.

« La street culture est encore réservée aux hommes. Quand on est au skatepark, ça peut devenir très gênant d’entendre des commentaires dégradants ou rien que la façon dont certains hommes parlent des femmes de leur entourage. C’est très énervant et humiliant. »

Elles avaient visionné cette vidéo datant de 1986 où des bad girls sèment la zizanie dans leur ville et éjectent les skateurs pour leur piquer leur planche. « We are the skate bitches and we don’t take no crap from no one » (On est les pétasses du skate et rien ni personne ne viendra nous emmerder). Le ton était donné. Les Brujas l’ont repris et en ont fait une vraie revendication féministe, celle d’un partage équitable de l’espace urbain. Le skate leur permet de se réapproprier des zones acquises par la gente masculine. A coup de kickflips et de 360, elles viennent reprendre leurs droits sur des espaces qui leur sont implicitement hostiles.

new clips from last 2 sessions on @gnarianna page .. #skateforfun

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Ce groupe leur redonne le sentiment d’appartenir à leur ville. Il anéantit leur sentiment d’infériorité face aux badboys qui s’y croient tout puissants. Rappelons que le Bronx est l’arrondissement pauvre de la Big Apple, où les caïds s’affrontent à coup de nosegrabs ou de couteaux.  Les Brujas ont trouvé le moyen de s’y imposer, à plusieurs, et de signer leur désaccord avec ce qu’elles nomment la gentrification de la ville, qui exclut les femmes des lieux de loisirs, de regroupement, de détente. Seules, elles se sentent minuscules, mais ensemble elles fracassent les règles.

Elles sont aujourd’hui quelques dizaines à se retrouver au skatepark et leur nombre augmente régulièrement. Elles se marrent, se charrient, s’encouragent et se taulent sans plus se soucier du regard des autres qui déplorent qu’elles ne soient pas assez sexy ou souriantes « pour des filles ».

« Le fait de tomber est un des aspects du skate que je préfère. Ca te prend par surprise, ça t’éjecte de ta zone de confort. Tu tombes sur le bitume mais tu te relèves tout de suite, et là tu te sens plus grande, plus forte. »

@gnarianna b/s 5050 #157 📷: @whoisapneet for @browntourage magazine .. December 2014

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Reprenez le pouvoir, grandissez-vous,  allez faire du skate.

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2 Commentaires

  1. Dans la série des remarques qui gonflent : ne pas être assez sexy ou pas assez souriante quand on est une fille… Comme si on avait pour devoir de servir de base de fantasme ou d’embellir le paysage des hommes.

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