« Pourquoi je reprends mon nom de jeune fille »

Emily LaFave Olson est une entrepreneuse américaine qui a récemment partagé son expérience sur le choix du nom de famille au moment de se marier. À l’heure où le féminisme retrouve la vigueur de sa jeunesse, la question du nom de famille des femmes mariées reste dans l’ombre. Le témoignage de cette jeune femme nous interroge sur ce symbole de nos sociétés patriarcales.

garder nom jeune fille

Pourquoi je reprends mon nom de jeune fille

« Deux ans après, je rechange mon nom de famille de LaFave vers Olson. Non, il n’est pas question de divorce. Je suis toujours mariée et heureuse de l’être. C’est une histoire d’égalité.

Je me souviens, étant petite, que toutes mes copines signaient avec le nom de leur amoureux de l’époque. « Jeremy est trop mignon. Jeremy Williams, je veux tellement l’épouser. » Et elles signaient d’un nouveau nom Mlle Jeremy Williams. […]

Mon père, Bill Olson, était l’aîné de trois enfants, une fille et deux garçons. Mon oncle était homosexuel et n’avait pas d’enfant. Il est décédé tragiquement au début des années 90 de l’épidémie du SIDA. Je sais que mon père a dû ressentir la pression pour faire perpétrer le nom de sa famille. Mon père voulait un garçon pour préserver son nom. Au lieu de ça, il a eu quatre filles. Et, d’une certaine manière, nous avons créé un système où, en ayant des filles, la lignée d’une famille s’éteint. Je me souviens très bien avoir entendu ces propos en grandissant. C’est la fin de la lignée pour les Olson. Mon coeur s’est toujours brisé à l’idée qu’en tant que femme, je ne pourrai pas perpétuer mon héritage familial. […]

Quand le moment est arrivé de décider de mon nom de famille, le choix était loin d’être facile.  Je me sentais en conflit avec moi-même (comme beaucoup de femmes, me semble-t-il). [..]

Et puis j’ai écrit sur un papier, « ça ne me paraît pas juste ».

(Rob et Moi), nous avons toujours formé un tout. Deux personnes bien distinctes qui forment une unité équitable et équilibrée. Si lui ne faisait pas aussi ce changement, c’était déséquilibré. 

J’ai fait le tour des alternatives. Conserver nos noms, les associer, en inventer un autre…

Frustrée de ne pas trouver de solution, j’ai pris du recul. Pourquoi est-ce que je marie, à l’origine ? Nous sommes ensemble depuis 10 ans maintenant. Nous sommes pratiquement mariés. Pourquoi est-ce qu’on a décidé de franchir le pas malgré tout ?

La famille. Le mariage est, pour nous, une union qui va nous permettre d’ouvrir un nouveau chapitre dans notre vie de couple. La famille. Créer une entité familiale. Une famille unie par un même nom. Nous devions choisir un nom et nous l’avons fait. […]

J’ai décidé de prendre son nom au nom de l’amour et de la famille. Mais avec le recul, ce n’était pas suffisant. Souvent, on ne sait pas comment on vivra les choses jusqu’à ce que la décision soit prise. C’est comme ça que ça s’est passé pour moi et mon nom. Chaque jour avec ce nouveau nom me paraissait incongru. La première année, j’ai cru que c’était l’effet de la nouveauté, comme lorsqu’on casse des chaussures neuves. [..]

Après deux ans passés avec ce nouveau nom, j’étais convaincue qu’il fallait faire marche arrière. J’en ai parlé à Rob, qui l’a naturellement mal pris.

Mais je lui ai demandé de se mettre à ma place : « Est-ce que toi tu pourrais changer ton nom pour le mien ? – Non, je ne pourrais pas. »

Alors, tous les deux, nous sommes arrivés à une solution à laquelle nous n’avions pas pensé la première fois. Un nom qui honorait notre individualité, mais prouvait aussi notre engagement envers cette nouvelle famille que nous venions de créer en nous mariant. Nous garderions tous les deux notre nom de famille et prendrions le nom de l’autre comme deuxième prénom.

Emily LaFave Olson & Rob Olson LaFave

Le choix de cette option plus équitable symbolise, pour moi, la raison pour laquelle nous nous sommes mariés. Homme, femme, homosexuels ou hétérosexuels. Nous choisissons quelqu’un qui nous apaise, nous fait nous sentir entier et vivant. Nous essayons d’incorporer en nous ce que l’autre personne possède, le masculin comme le féminin. Pourtant, il me semble que notre société a privilégié le masculin sur le féminin, rendant difficile pour beaucoup d’hommes d’accepter le changement.

Pour cette raison, Rob et moi avons choisi un partage équitable de nos noms, qui symbolise l’impact égal que nous avons l’un sur l’autre en fusionnant nos vies. Quant au nom de nos enfants, nous ne savons pas encore quel sera notre choix. Nous avons bien des idées, et si vous-même avez pris ce chemin, nous aimerions lire vos témoignages.

J’ai l’espoir que chaque femme qui a adopté le nom de son mari et ne s’y sent pas à l’aise lise mon histoire comme un encouragement à faire marche arrière. Vous avez le droit de changer d’avis si vous le souhaitez. Le choix n’appartient qu’à vous.

Car c’est bien d’un choix qu’il s’agit. De nombreuses femmes m’ont confié qu’elles voulaient prendre le nom de leur mari, comme l’occasion d’un nouveau départ, l’opportunité de se réinventer. Bravo à elles si c’est ce qui leur convient le mieux.

J’espère que mes futurs enfants regarderont en arrière, vers cette époque où leurs parents ont brisé un statu quo au nom de l’égalité des sexes. J’imagine leur incrédulité à penser « oh quelle époque, quand les hommes et les femmes n’étaient pas égaux ». Parce qu’en changeant nos noms, des symboles de notre égalité, nous avons contribué à l’évolution d’une société meilleure, plus égalitaire. »


Un quart des femmes qui se marient de nos jours conservent leur nom de jeune fille. Et c’est une galère sans nom pour faire appliquer ce choix au niveau administratif. Cela doit changer. Les femmes doivent être libres de choisir leur nom de famille. Le nom de leur époux ne doit plus automatiquement primer, pour elles mais aussi pour leurs enfants.

mariage nom de famille

La version originale et complète du texte est à lire ici.

Crédits photos : Collection personnelle de Jane Birkin, The LIFE Picture Collection

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5 Commentaires

  1. Très chouette article ! Nous on n’est pas mariés donc pas de problème. Mais on a donné juste le nom de son père à mon fils et j’avoue qu’aujourd’hui, je regrette un peu.

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    • Joyeux Magazine

      Je n’ai pas encore d’enfant mais je ne sais pas non plus comment nous ferons. Je ne suis pas totalement pour le double nom, j’ai peur que ce soit compliqué pour lui/elle au niveau administratif. Et lui donner seulement mon nom à moi reviendrait au problème inverse… Je crois qu’il n’y a pas de solution idéale :)

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  2. 0012512012541

    Grande problématique que tu soulèves, j’ai adoré ton article! Je ne suis pas encore au mariage mais j’avoue que la question du prénom sera sûrement un problème. Je ne compte pas abandonner le mien mais nous ne pourrons multiplier les double-noms à l’infini…

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    • Joyeux Magazine

      Je suis entièrement d’accord avec toi. Donner un double-nom, c’est aussi reporter la nécessité de choisir sur son enfant, lorsqu’à son tour il aura une descendance. C’est un problème sans fin qui n’a (me semble-t-il) aucune solution parfaite…

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