De blanchisseuse à entrepreneuse, l’incroyable ascension de Madam C.J. Walker

Quand il a fallu se soumettre à la domination blanche, elle a dit non. Quand il a fallu renoncer à une éducation pour sa fille, elle a dit non. Quand ses cheveux ont petit à petit cessé de pousser, elle a dit non. La vie de Madam C.J. Walker résonne dans l’histoire américaine comme une leçon de détermination face au fatalisme racial américain de son époque.

madam cj walker entrepreneur

Née Sarah Breedlove, tout commence pour elle en 1867 dans une plantation de coton de Madison, où ses parents travaillaient comme esclaves encore quatre ans plus tôt. Orpheline à l’âge de six ans, elle s’installe avec sa sœur et son beau-frère, mais la situation devient vite intenable, si bien qu’elle épouse son premier mari à l’âge de 14 ans seulement. Celui-ci décédera six ans plus tard, la laissant seule avec leur fille de deux ans.

La galère reprend alors de plus belle. Sarah rejoint ses frères à St Louis et consacre son minuscule salaire de blanchisseuse à la scolarisation de sa fille. À l’époque, elle constate, comme beaucoup de filles de son âge, qu’elle perd ses cheveux. Sans accès à l’eau courante, sans chauffage et sans électricité, les conditions d’hygiènes des noirs américains de l’époque sont aléatoires et les maladies de peau monnaie courante.

Alors, comme n’importe quelle fille, elle expérimente les techniques les plus improbables pour vaincre son affectation et trouve, en 1905, la formule magique (et secrète) qui fera sa fortune. Sur les conseils de ses frères et grâce au travail de vendeuse qu’elle a trouvé dans une société de soins capillaires, son projet d’entreprise émerge. Elle épouse Charles Joseph Walker, change de nom et demande à se faire appeler « Madam », en référence aux créatrices de mode et de cosmétique françaises comme Madame Coco Chanel (prononcé Côwcôw Cheunelle, bien sûr).  Elle s’auto-upgrade, c’est le summum du chic.

« Je suis une femme venue des champs de coton du Sud. De là, j’ai été promue blanchisseuse, puis cuisinière. Et ensuite, je me suis moi-même promue dans le business de la fabrication de soins capillaires. J’ai construit ma propre usine sur ma propre terre. »

La première usine de production de ses produits, les Madam Walker’s Wonderful Hair Growers, ouvre à Indianapolis en 1910. Madam C.J. Walker s’entoure des femmes de son entourage pour les former au métier de vendeuse en porte-à-porte. Sa lotion miracle se vend à merveille, au point qu’elle parvient à étendre son business à la Jamaïque, à Cuba, au Costa Rica, au Panama et en Haïti.

madam cj walker hair grower

Vous ne rêvez pas. Nous sommes toujours au début du XXe siècle, dans le Sud ségrégationniste des Etats-Unis. L’esclavage a été aboli et les noirs américains ont désormais acquis le droit de citoyenneté, mais ils sont bannis des restaurants, des bibliothèques et des jardins publics. Considérés comme des moins que rien, ils sont priés de ne vivre qu’entre eux. Mais Madam C.J. Walker n’en a que faire des lois Jim Crow, traçant sa route et tentant d’inspirer à ses congénères la niaque de s’en sortir.

« Il n’existe pas de voie royale vers le succès, ou alors je ne l’ai pas trouvée, car tout ce que j’ai obtenu est le résultat d’un dur labeur et de nombreuses nuits sans sommeil. Mes débuts, je ne les dois qu’à moi-même. Ne restez pas immobile à attendre que la chance se présente. Soyez l’artisan de votre chance ! »

madam cj walker villa

Toute sa richesse est consacrée à des organismes œuvrant pour la progression de la cause afro-américaine, comme la Black YMCA. Les vendeuses qu’elle emploie sont d’anciennes serveuses, cuisinières, ouvrières, désormais financièrement indépendantes. Elle créé aussi de nombreuses bourses destinées à l’éducation des communautés noires, qui sont exclues du système éducatif traditionnel. En 1917, l’Amérique blanche s’agace du premier meeting de femmes entrepreneurs du pays qu’elle organise dans son immense Villa Lewaro, située dans le New Jersey. Il faut dire qu’elle est voisine de la richissime famille  Rockfeller.

madam cj walker millionnaire

Alors que son entreprise cartonne, son histoire à elle se termine deux ans plus tard dans cette même villa. Son parcours, sa confiance en elle, sa ferveur et sa générosité pour ses « brothers and sisters » descendants d’esclaves ont profondément marqué la conscience collective américaine. « She made it », comme ils diraient là-bas. 

Un siècle plus tard, Misty Copeland est la première danseuse afro-américaine faite première étoile par l’American City Ballet.

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2 Commentaires

  1. Quel destin! Je la connaissais juste de nom… réussir en tant que femme noire dans un tel contexte c’est un réel tour de force!

    Aimé par 1 personne

  2. Je ne connaissais pas cette femme. Son parcours est impressionnant et devrait être une source d’inspiration pour tous !

    Aimé par 1 personne

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