Peggy Guggenheim, une vamp qui avait l’oeil

Peggy Guggenheim, c’est la gloire, l’amour, mais pas la beauté. Il aurait fallu plus d’une chirurgie esthétique nasale ratée pour que cette riche héritière renonce à son goût pour l’art et pour les hommes. Portrait de la collectionneuse la plus sagace du siècle dernier.


Elle naît le 26 août 1898 à New York, une cuillère en or à la bouche. Issue de deux richissimes familles fraîchement émigrées d’Europe, elle ne connaît que le faste des hôtels particuliers new-yorkais et les règles de bienséance de la haute société américaine. Autant dire qu’elle s’ennuie, elle qui rêve d’excentrisme, enfermée dans ce quotidien bourgeois. A 19 ans, elle hérite de la fortune de son grand père et prend le large, en commençant par un grand voyage à travers les Etats Unis.

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Elle accepte ensuite un petit job dans la librairie de son cousin. Peggy, qui n’a pas fait d’études supérieures, satisfait enfin sa soif de culture. Elle est d’abord fascinée par l’art de la renaissance, puis trouve sa vocation dans l’art contemporain. Il lui faut faire fructifier l’argent de son héritage : elle ouvre sa première galerie à Londres, en 1938. Trois ans plus tard, elle déménage à Paris, attirée par l’effervescence du surréalisme.

Elle s’est constituée une liste d’artistes dont elle veut se rapprocher. Elle anime les  soirées déjantées de Montparnasse et y côtoie toute la clique avant-gardiste parisienne. On boit, on flirte, on rêve. C’est la fête. Marcel Duchamp parfait sa connaissance de l’art moderne. Elle fait également la connaissance de Max Ernst, Fernand Léger, Constantin Brâncuși, Samuel Beckett, Salvador Dali, Piet Mondrian… Son carnet d’adresse est aussi réputé que son compte en banque.

Et puis la guerre éclate, l’armée nazie part à la conquête de l’Europe. Peggy tremble pour sa collection. Il faut mettre ses tableaux à l’abri. Des Brancusi, des Pollock, des Mondrian,… Le Louvre n’en veut pas, rétorquant qu’ils ne valent pas la peine d’être sauvés. Peggy ne compte que sur elle-même, part ouvrir une galerie à New York et y fait importer sa collection.

« Le jour où Hitler est entré en Norvège, je me suis rendue au studio de Léger et j’ai lui ai acheté une magnifique peinture de 1919 pour 1 000 dollars. »

Voilà comment l’art abstrait européen a été sauvé du nazisme. Depuis New York, Peggy finance la fuite des artistes vers les Etats Unis, craignant davantage pour leur vie que pour la sienne. Elle est prête à tout pour sauver ces œuvres, ainsi que celles à venir. Bien que Peggy aime se savoir la plus riche, son business n’est pas guidé par l’appât du gain mais par un amour sincère pour l’art qu’elle veut rendre accessible à tous. À Venise, son majestueux Palazzo Venier dei Leoni, qui renferme sa collection privée, est ouvert au public trois jours par semaine, à sa demande. L’envie d’ouvrir un musée est animé par le besoin de faire rayonner les artistes auxquels elle croit, comme un phare qui guiderait l’humanité à travers ses heures les plus sombres.

Cette magnanimité a tout de même ses limites. Les soirées qu’elle organise à Paris comme à Venise sont réputées pour leur buffets chiches. En dehors de sa passion, Peggy est une pingre. 

« Elle ré-investit les trois quart de ses revenus, au point qu’elle s’inquiète parfois d’avoir suffisamment d’argent pour s’acheter une robe » dit son amie Emily Coleman.

Mais le monde retiendra de cette femme son extravagance et son impudeur quant à son goût pour la séduction et le sexe. Après celle d’avoir lancé la carrière de Jackson Pollock, sa plus grande fierté est peut-être d’avoir collectionné les conquêtes. À une époque où les femmes restaient priées d’obtempérer aux ordres de leur époux, la frivolité amoureuse était son étendard.

« J’avais une collection de photos de fresques que j’avais vues à Pompéï. Elles représentaient des personnes faisant l’amour dans diverses positions, et bien sûr, j’étais très curieuse et je voulais toutes les essayer. Je pense que ça n’a pas été facile pour Laurence (son mari d’alors). Je réclamais tout ce qui avait été dessiné sur ces fresques pompéïennes. »

Elle a aussi été une des premières à intégrer l’art au design et au prêt-à-porter. Au vernissage de sa galerie new-yorkaise en 1942, elle débarque avec des boucles d’oreilles dépareillées.

« Je portais une de mes boucles de Tanguy et une autre de Clader, afin de montrer que je ne fais pas de différence entre l’art surréaliste et l’art abstrait. »

Des années plus tard, elle prend l’habitude de parer ses yeux de lunettes de soleil aux formes abracadabrantes. Cet accessoire deviendra sa marque de fabrique. Femme dans un milieu d’hommes, excentrique échappée d’une éducation rangée, Peggy met les pieds là où l’on ne l’attend pas.

Notre « art addict » décède en 1979 après avoir offert à l’art abstrait la visibilité qu’il méritait. Elle repose depuis dans son palais vénitien, aux côtés de ses quatorzes toutous.

P.S. Dans le genre look déluré + caractère bien affirmé, il y aussi Iris Apfel.

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5 Commentaires

  1. Un sacré personnage! Merci pour la découverte ;)

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  2. Une grande femme ! J’aurais vraiment travailler plus sur elle en cours, elle a eu une vie passionnante :)

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