Rana Plaza : « La plupart des gens se fichent de savoir d’où viennent leurs vêtements »

Après le drame du Raza Plaza en 2013 au Bangladesh, des couturières rescapées ont décidé de monter leur propre usine de production. Une usine où les travailleurs sont en sécurité et où leurs droit sont respectés. On pensait qu’elle susciterait l’intérêt d’H&M et la fierté du Bangladesh, mais le monde les ignore silencieusement.

L’éthique ? Trop chère pour les marques de prêt-à-porter

On les avait pourtant vues défiler les marques, au lendemain de l’incident, signant à tout va des chartes d’éthique et de bonne conduite. Chacune avait rempli son chèque pour financer l’aide aux premiers secours. Depuis, les corps des victimes gisent encore sous les décombres. L’odeur pestinentielle est là pour rappeler la lâcheté puante des responsables. Bien que le fonds d’indemnisation ouvert par les ONG ait (péniblement) atteint son plafond au printemps dernier, cela reste insuffisant pour « maintenir la motivation des victimes envers un mode de vie plus stable, appuyé sur un salaire mensuel garanti. » peut-on lire dans le manifeste d’Oporajeo.

Oporajeo, un modèle de production plus éthique qui n’a pas fait mouche

Pourtant, Oporajeo y avait cru. La coopérative montée par des rescapés de l’incident du Rana Plaza tente de prouver qu’on peut proposer des produits de qualité tout en offrant à ses salariés des conditions de travail et de vie décentes. Dans cette usine, 50% des profits sont distribués de manière équitable entre les travailleurs et les 50% restants sont notamment réinvestis dans le financement de l’éducation de leurs enfants. Parmi les projets de l’entreprise : ouvrir sa propre école et animer des séances de sensibilisation au droit des travailleurs et aux droits des femmes. Le programme aurait dû faire la joie des marques de prêt-à-porter en quête de rédemption. Mais non.

La course au toujours moins cher continue de faire loi

En 2014, le dirigeant de l’usine, Ashiq Zaman Munna, annonce avoir été contraint de diviser de moitié ses effectifs, suite à des difficultés financières. En mars 2015, un incendie présumé criminel ravage l’usine. Depuis, Oporajeo continue de se battre. A croire que les quelques 800 morts du 24 avril 2015 n’ont ému personne. Nayla Ajaltouni, membre du Collectif Ethique sur l’Etiquette, le déplore : « Il n’y a aucune remise en cause du système qui a conduit à la catastrophe du Rana Plazza, celui de la minimisation des coûts de production« . 

La responsabilité de l’échec annoncé d’Oporajeo nous appartient à tous:

  • aux grandes marques, peu regardantes sur les conditions de travail dans les usines et trop gourmandes sur leurs marges
  • aux gouvernements locaux qui ne soutiennent pas l’innovation dans le secteur et voient la concurrence d’Oporajeo d’un mauvais oeil pour les autres usines du pays
  • à nous, les consommateurs, qui recherchons souvent le produit le moins cher possible, sans nous interroger sur son origine

« La plupart des gens se fichent de savoir d’où viennent leurs vêtements ou de qui les fabrique. Les consommateurs veulent seulement des vêtements pas chers. » constate Ashiq Zaman Munna.

Alors que faire ? Bruno Lajara, réalisateur d’un documentaire sur le sujet, nous avertit : boycotter le made in Bangladesh serait contre-productif car le travail reste, malgré tout, un formidable outil d’émancipation pour les femmes.  Prouvons à ces couturières que nous sommes sensibles à leur situation. Achetons moins, mais mieux et méfions-nous de l’ethical washing que subissent nos vêtements.

infographie bangladesh textile

Mise à jour du 20/11/2015 : Clean Clothes Campaign lance un appel aux autorités internationales pour garantir aux ouvriers/ères cambodgiens/ennes un salaire minimal de 177$ par mois. Vous pouvez interpeller directement les marques concernées (notamment H&M, Gap et Zara) via le #WeNeed177 et signer la pétition pour un salaire minimal acceptable pour tous les employés du textile.

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