Martin Parr, la photo qui libère

On peut être facilement dérouté par le travail de Martin Parr au premier abord. Moqueur, kitsch, condescendant,… Beaucoup peinent à saisir son message. Et pourtant, on garde toujours d’une photo de Martin Parr le souvenir d’un instant coloré, joyeux, drôle. Un décryptage s’impose pour trouver ce « je ne sais quoi » qui rend son oeuvre si intrigante.

The Last Resort – Parr – 82/85


Franchir les barrières

Ce qui rebute, chez Martin Parr, ce sont souvent des corps, des tissus, des motifs, des gestes, et même (osons le dire) une certaine classe sociale qui met mal à l’aise. Car Martin Parr photographie ce qui n’est jamais photographié, ou tout du moins ce qui est ignoré par le monde de l’art et par nous-même. Vous pensez peut-être à la misère, à la rue, à la pauvreté. Mais là encore ce sont sujets déjà traités par la photographie, dans ce sens où ils relèvent d’une exception. Or, Martin Parr se dit fasciné par le banal, l’ennuyeux, le quotidien et met son talent au service de ces aspects de la vie, délaissés par le monde de l’art. Il dit vouloir photographier ce qui n’est jamais photographié. Aussi, il nous plonge dans la vie banale de l’anglais moyen, faite de chaussettes-sandales et de parties de pétanques. La notion de politiquement correct est abolie.

Un photographe engagé

 

 
Il se sert de cette revendication pour dénoncer, pendant les années Thatcher, la perte de pouvoir d’achat de cette même classe ouvrière, qu’on oublie trop souvent au profit des plus faibles, ou bien des plus forts. Il dénonce également l’hypocrisie du tourisme de masse, qui transforme des lieux uniques au monde en de machinales usines à visiteurs. De même, il insulte les codes de la publicité et photographie la diversité des corps. Des sourires édentés, des formes obèses, des volumes flasques, des dos avachis, des peaux vieillies rétablissent la vérité. Car pour Martin Parr, »all packaging is a lie ».  
 
Le mélange des genres

Le photographe a à coeur d’ouvrir son univers aux classes sociales qu’il photographie. Conscient qu’elle n’a pas pour habitude de franchir les portes des galeries d’art, il attire leur oeil en recourant à des couleurs ludiques, plus accessibles pour l’oeil. Ses photographies se trouvent ainsi à équidistance entre le documentaire et la publicité, à mi-chemin entre l’artistique et le journalistique. Cette impression « papier glacé » donne l’illusion du surfait, de l’artificiel. Il utilise l’arme de la fiction pour dénoncer les leurres de nos sociétés contemporaines.

Ne nous y trompons pas, Martin Parr s’inclue dans cette hypocrisie générale et souhaite que chacun se reconnaisse dans son oeuvre. Chaque photographie doit être une prise de conscience de l’absurdité de notre monde, mais aussi de sa beauté, de sa frivolité, de sa variété.
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Un commentaire

  1. Bonjour Adèle

    Tout est dit. Je n'ai pas su présenter aussi brillamment Martin Parr. Qui mérite vraiment notre intérêt, pour la qualité de son regard sur le monde. Lucide et respectueux des autres.
    Bonne soirée !

    J'aime

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